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08.05.17

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"Brûlures d estomac"

Le riad Jalai accueille les Marocaines atteintes d'un cancer| Rose Magazine

Les Marocaines atteintes d'un cancer sont accueillis au riad Jalai de Fès. © Catherine Henriette

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À Fès, à quelques mètres de l’hôpital Hassan-II, malades et accompagnants partagent leur quotidien dans la "Maison de vie" créée par la princesse Lalla Salma. À la fois maison de repos et "pension de famille", le riad Jalai agit comme un baume.

Ce matin, Latifa, Leila, Khadija et Rachidia dansent avec la vie. Emmitouflées dans leurs robes de chambre multicolores, les yeux clos, elles se suivent dans le patio en se donnant la main. De sa voix chaude, Fatima Zahra, l’animatrice-relaxologue, les guide : "Grâce à cet exercice, vous apprenez comment dépasser les difficultés et vous faites confiance à l’autre."

La confiance, beaucoup l’ont perdue en apprenant qu’elles avaient un cancer. Car, au Maroc, la croyance selon laquelle toute personne "attaquée par cette maladie finit par en mourir" est bien ancrée.

Parfois reniées par leur mari, souvent sans ressources, ces femmes berbères ont toutes quitté leur maison pour se faire soigner à Fès. Et sans la Maison de vie, qui les accueille le temps de leurs traitements, certaines se retrouveraient à la rue. En arrivant, beaucoup ont un choc. Avec son patio, ses fontaines et ses zelliges, le riad Jalai fait figure de palais des mille et une nuits. 

D’un trait parfois hésitant, ils retracent leur vie d’avant. Avant que la "maladie-punition" ne les oblige à trouver refuge ici. Autour de cette table, on les sent solidaires. Ils ne vivent pas seulement sous le même toit. Ils partagent aussi leur angoisse des traitements, des machines qui les font trembler de peur, et leur espoir de guérir.

 

Couscousthérapie

Soudain, la clochette retentit. C’est l’heure du déjeuner. Vite, une dernière blague d’Hassan, le conteur, et les patients mettent leur dessin à sécher à la fenêtre. Un dernier regard vers leur oeuvre, et les voilà qui envahissent l’escalier dans un joyeux brouhaha. Dans le patio, les robes de chambre se confondent en un long ruban multicolore, jusqu’au réfectoire.

Le riad doit son existence à la princesse Lalla Salma, "qui a elle-même perdu sa mère d’un cancer du col de l’utérus", explique Aicha Jarir, la directrice du riad.

"Cette maison est un cadeau du ciel, comme si la princesse nous accueillait chez elle" (Halima)

Ancienne patiente, cette professeure de français voue désormais sa vie aux autres malades, "devenus une partie de moi-même". Elle entraîne le groupe au premier étage, pour un atelier d’art plastique. Le temps d’une esquisse, ces hommes (ils sont cinq) et ces femmes quittent la médina de Fès et ses petites maisons carrées imbriquées les unes dans les autres. Ils s’évadent de leur quotidien, dessinent leur lointaine maison de terre, au toit de paille.

Le soleil tape. Les sourires sont larges. Aujourd’hui, comme tous les vendredis, c’est couscousthérapie ! Certaines patientes ont épluché les légumes pendant que d’autres égrenaient la semoule.

Entre palabres et bonne humeur, c’est "comme à la maison", apprécie Fatima, 47 ans, opérée d’un cancer du sein. Une fois le repas terminé, le petit groupe se dirige vers le grand salon pour la prière. Une fois par mois, des moussamiin viennent y lire le Coran, prier et chanter avec les résidents.

La prière, c’est un peu leur thérapie de groupe ! Un moment d’intense communion qui fait sortir les larmes et les peurs. Le recueillement et l’émotion sont palpables. "Ça nous donne l’espoir, murmure Latifa, ancienne patiente, désormais bénévole dans la Maison de vie. Le prophète envoie la maladie sur notre chemin, mais nous aurons une belle place au paradis, à ses côtés. La souffrance efface les péchés."

A Fès, le service de radiothérapie fonctionne 20 heures sur 24

Inch’ Allah… Fatima et Khadija, deux soeurs qui ne se quittent pas, sortent de la pièce. Mohammed les attend au volant de son ambulance-voiturette de golf pour les conduire à la radiothérapie. Serrée contre sa soeur dans la salle d’attente, Khadija, 50 ans, pose la main sur le genou de sa cadette, l’air de dire : "Je suis là, n’aie pas peur."

Soignée pour un cancer du col de l’utérus détecté tardivement, Fatima, le regard voilé, pense à ses enfants. Au jour où elle les retrouvera. Bientôt. Le soleil se couche. Retour au riad. Les silhouettes multicolores se glissent dans l’ombre du patio. Après un rapide dîner au réfectoire, Leila et Rachidia s’installent devant une série télé tandis que le reste du groupe rejoint les chambres à pas lourds, fatigué.

Après le déjeuner, retour dans la chambre pour une sieste réparatrice. Khadija veille sur sa soeur Amina, qui hésite à s’allonger sur son lit de peur de rater sa séance de rayons. Le téléphone sonne : le chauffeur l’attend pour la conduire à l’hôpital. Il est 23 heures. Mais, à Fès, le service de radiothérapie fonctionne 20 heures sur 24, 7 jours sur 7. "Il couvre trois régions et les malades sont de plus en plus nombreux, précise le Pr Touria Bouhafa, radiothérapeute. Bientôt, nous aurons une autre machine et ce sera un peu plus fluide."

 

Trousse aux trésors

Deux heures plus tard, de retour dans sa chambre, Amina se glisse enfin sous les draps. Sans enlever son foulard. Comme toutes ses soeurs de combat. "La perte de leurs cheveux leur fait trop de peine, explique Aicha. Elles n’osent pas se regarder dans le miroir."

Le lendemain, pour leur redonner confiance, les bénévoles de la Maison de vie leur offrent des cadeaux achetés avec l’argent des bienfaiteurs : robes de chambre pour les femmes, survêtements pour les hommes.

Et une petite trousse remplie de trésors : une brosse à dents, un savon, un gant kessa pour le gommage, du dentifrice et des sucettes ! Les femmes poussent des youyous de joie.

Les hommes, un peu gênés mais heureux, les regardent en souriant. Après avoir embrassé la directrice pour la remercier, Halima part rejoindre Kenza, la kiné. À 24 ans, la jeune femme a lâché son job au sein de l’Académie de foot Mohammed-V à Rabat pour rejoindre la Maison de vie. Plus qu’un métier, c’est pour elle une évidence.

Et une revanche. "Ma mère est morte d’un cancer de l’utérus l’année dernière. Elle avait 50 ans", explique-t-elle en massant doucement le bras d’une jeune patiente, atteinte d’un lymphoedème. Formée en ostéopathie à Montpellier, la jeune diplômée veut tout savoir, tout apprendre, tout donner à ces femmes qui n’ont pas l’habitude de se laisser toucher.

Remèdes de sorcière…

Pendant ce temps, le reste du groupe profite de l’atelier animé par Latifa, 46 ans, touchée par un cancer du côlon il y a trois ans. Thème du jour : "Retrouver le plaisir de vivre".

"Qui mange des scorpions ?" lance-t-elle à l’assemblée presque uniquement composée de femmes. Certaines, venues du fin fond de la campagne ou des portes du Sahara, ont l’habitude de se soigner avec des plantes et de s’en remettre au prophète.

Leur culture les pousserait peut-être à préférer ces pratiques magiques. Scorpions séchés et écrasés – "le poison tue le poison" –, écritures à diluer dans l’eau de La Mecque, herbes à déposer aux coins de la chambre… Mais Latifa veille au grain ! Elle veut faire passer le (bon) message : "Les plantes et les remèdes de sorcière peuvent être toxiques, fausser vos analyses et interférer avec vos traitements."

Certaines ouvrent de grands yeux. D’autres hochent la tête. "Il ne faut plus les utiliser. Faites confiance au médecin de l’hôpital et à ses traitements : la chimio, les rayons, l’opération qui enlève la tumeur. Malgré tout, certaines choses soulagent, comme le miel sur les aphtes et les plaies qui ont du mal à cicatriser."

En France, on appellerait ça de l’"éducation thérapeutique". Ici, "c’est de l’éducation tout court !", précise Latifa dans un éclat de rire, avant d’enchaîner sur les bienfaits de l’activité physique et les dangers du surpoids. "Ne mangez pas trop de pâtisseries, les gazelles, et pensez à marcher une heure par jour ou à effectuer des mouvements de gymnastique, insiste-t-elle en joignant le geste à la parole. Ça vous aidera à guérir et à ne plus avoir de cancer."

Transmettre, rassurer, donner de l’espoir… Telles sont les missions d’Aicha, Kenza, Latifa, Halima et Zakia, l’infirmière bénévole qui s’occupe chaque matin des résidents. Jour après jour, elles insufflent de la vie dans ce riad insolite, planté au coeur du CHU.

Pour tous les membres de cette grande famille recomposée, Lalla Salma n’est pas seulement une princesse. C’est une reine. Qui sauve des vies.

Céline Dufranc

Mis à jour le 14 sept. 2016

1 commentaire
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    les roses de la thyroïde

    30.07.15 à 15h25.

    Bravo quelle belle initiative!

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