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Cancer du sein

Le cancer du sein est le plus ...

femme se couvrant la tête

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« Tu gardes le moral ? », « Ça va, c’est un petit cancer ! », « Tu es guérie, maintenant ! »… Malgré leurs bonnes intentions, ces petites phrases sont blessantes… Explications avec Andrée Lehmann, psychanalyste.

Des petites phrases maladroites, Marie en a essuyé quelques-unes depuis l’annonce de son cancer du sein, en juin dernier. « Entre ceux qui pensent nous rassurer avec des banalités banalités (« Tu vas t’en sortir, ça se soigne bien maintenant ! »), ceux qui donnent des conseils à tort et à travers et ceux travers (« Tu manges bio au moins ? ») et ceux qui sont persuadés de savoir d’où vient la maladie (« Tu faisais du sport ? »), j’ai de quoi écrire un livre ! »
Pourtant, aucune malveillance dans ces « perles » dont les anciennes malades gardent quand même un souvenir cuisant : de l’ignorance, plutôt. « Personne ne veut choquer un malade du cancer, confirme Sandrine, dignostiquée en 2014. Les gens ne savent tout simplement pas quoi dire… mais ils se sentent malgré tout obligés de dire quelque chose. Cela fait partie des codes de la société. »

Pour Andrée Lehmann, psychanalyste et auteure de L’Atteinte du corps*, le cancer exacerbe les susceptibilités : « Ces remarques a priori anodines (voire réconfortantes pour qui n’a pas vécu l’épreuve de la maladie) traduisent surtout les angoisses de ceux qui les prononcent. Mais elles frappent les patients avec une grande violence, parce qu’elles leur parviennent à travers le prisme déformant de leur souffrance et de leurs peurs. » Et la maladresse est encore plus blessantes quand elle est commise par un conjoint, un parent, un enfant…
 « Avec le recul, je m’aperçois qu’en essayant de me rassurer par des paroles dédramatisantes, c’était leur propre crainte du cancer que mes interlocuteurs cherchaient à minimiser, admet ainsi Fabienne. Le problème, c’est que leur peur s’ajoutait à la mienne et que je n’avais vraiment pas besoin de ça. » Sandrine non plus. Du coup, elle bottait systématiquement en touche quand on prenait de ses nouvelles : « Je lui cachais vérité - les douleurs, la peur de mourir, les cheveux qui tombent - pour ne pas réveiller les angoisses de la personne en face et risquer de devoir les porter ensuite. »
« Quitte à choisir, j’aurais vraiment préféré qu’on se taise ou qu’on me lance carrément “je ne sais pas quoi te dire”. Ça aurait été plus facile à gérer », ajoute Fabienne. Et, pour la spécialiste : « Parfois en effet, une écoute silencieuse et bienveillante fait davantage de bien au malade qu’une petite phrase pleine de bonne volonté. » À bon entendeur…

*Érès, 2014

 C'est l'angoisse de l'entourage qui s'exprime et qui vient renforcer les peurs de la personne malade d'après Andrée Lehmann.

 

« Est-ce que c’est pris à temps, au moins ? »

Lorsque ma belle-famille m’a posé cette question, il y a eu un blanc. Je ne savais pas quoi dire. C’était justement LA question à laquelle personne ne pouvait répondre : ça m’a renvoyée direct à ma propre angoisse. Je ne voulais surtout pas y penser », raconte Hélène. « Encore une fois, c’est l’angoisse de l’entourage qui s’exprime à travers cette question, et qui vient renforcer les peurs de la personne malade », analyse Andrée Lehmann.

 

 « T’as le moral, hein ? »

Je déteste cette phrase ! réagit Marie. Mais que croient les gens ? Que je suis un bon petit soldat qui part à la guerre ? » Une réaction virulente qu’Andrée Lehmann comprend tout à fait : « Poser cette fausse question, sur un mode affirmatif, à une personne qui souffre du cancer, c’est lui imposer de sourire en permanence, lui interdire toute faiblesse et lui refuser le droit de craquer. Or, c’est absolument impossible lorsqu’on souffre d’une maladie grave : c’est même nocif ! » Pour Catherine, qui l’a entendue aussi, cette « petite phrase maladroite » révèle aussi un certain égoïsme : « J’ai l’impression que ça sous-entend “reste souriante, je n’ai pas envie de voir que tu es malade”. Comme s’il ne fallait surtout pas perturber le confort de la personne en exprimant sa peine ou sa souffrance… »
Et parfois, la culpabilité s’en mêle à son tour : « On m’a dit “tu sais, c’est le mental qui fait tout”, se souvient Maria. Cette phrase m’a fait beaucoup de mal : est-ce que ça signifiait que ma maladie progressait parce que mon mental n’était pas assez fort ? Parce que je ne rigolais pas assez ? »

 Derrière cette phrase, il y a généralement une volonté de détourner le regard afin d'ignorer la réalité du cancer, ajoute Andrée Lehmann.

 

 « Ça va, ça se soigne bien maintenant ! »

Alors celle-là, c’est celle que j’ai le plus entendue durant mon traitement, soupire Béatrice. Chaque fois que j’évoquais ma maladie, on me disait “ça va, c’est un petit cancer”. Je comprends bien que la personne en face essayait de me rassurer… Mais, en réalité, j’avais plutôt le sentiment qu’on me disait “arrête de te plaindre, ce n’est pas si grave”. » Même sensation du côté de Lise : « Chaque fois que j’entendais cette phrase, je me sentais coupable d’angoisser “pour si peu”. Tout d’un coup, mes doutes et mes peurs devenaient des caprices. » Pour Andrée Lehmann, cette remarque révèle surtout une véritable méconnaissance de la maladie : « Même si les chances de survie sont désormais élevées, les traitements restent lourds et c’est une période extrêmement difficile à vivre pour la personne malade. Derrière cette phrase, il y a généralement une volonté de détourner le regard afin d’ignorer la réalité du cancer… et de ne pas affronter ses propres angoisses. »

 

« Tu as eu un choc psychologique ? » 

Lorsque le cancer survient, la tentation est grande d’y chercher une cause : « Je pense que c’est un réflexe d’autodéfense, analyse Fabienne. Les gens cherchent “ce que vous avez bien pu faire” pour attraper cette maladie. Ça les rassure de se dire qu’eux, au moins, sont à l’abri. » En bonne place sur la liste des coupables potentiels, le choc psychologique : divorce, deuil, licenciement… Autant de traumatismes qui, dans l’imaginaire collectif, peuvent favoriser l’apparition de la maladie. « Lorsque j’ai annoncé mon cancer à ma mère, elle m’a dit “c’est sûrement parce que tu as perdu ton travail” », raconte d’ailleurs Naïma. Problème : ce genre de remarque réveille la culpabilité du malade qui, soudain, se sent entièrement responsable de ce qui lui arrive. « Peu après l’annonce de mon cancer, on m’a demandé “Eh ben ça, alors, comment t’as fait pour choper ça ?” », se souvient Marie. Merci bien... » 

 

 « Tu ne mets pas ta perruque quand tu sors ? »

La phrase qui m’a scotchée, c’est mon mari qui l’a prononcée alors que nous allions à une soirée : “Tu ne veux pas mettre ta perruque ? Ton cancer va se voir !” se souvient Catherine. Agressive, cette petite remarque ? Pas forcément, selon Andrée Lehmann : « On peut aussi y voir une volonté de l’entourage à la fois de protéger la personne malade du regard d’autrui et de la réintégrer dans la vie normale. » Mais, une fois encore, c’est aussi une manière de faire rempart à la maladie : si les symptômes sont cachés, aucune raison d’avoir peur… « Ça m’a mise en colère, ajoute Catherine. J’avais l’impression que mon cancer du sein était quelque chose de honteux qu’il ne fallait surtout pas montrer en public. »

 

« Bon, ça y est, tu es guérie maintenant ! »

Depuis que je suis en rémission, les gens me disent souvent “passe à autre chose, arrête d’y penser”, constate Virginie. Sauf que non : la rémission n’est pas une guérison. La peur est toujours présente, on se sent toujours dedans, fragile. » « Les autres ne comprennent pas que, même si les traitements sont finis, la trouille et le choc psychologique sont toujours là ! » ajoute Stéphanie.
« Cette remarque est très dure : quelque part, il s’agit de forcer l’ex-malade à retourner à sa vie d’avant et à faire comme si rien ne s’était passé, explique Andrée Lehmann. La maladie est donc niée. En réalité, le cancer est une fracture : le travail psychologique pour “digérer” l’épreuve est très long, et il est inutile de brusquer les choses. »

Par Apolline Henry

 

Mis à jour le 31 août 2018

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