Céline Lis-Raoux

Édito Le 14 mai 2013 à 12h00

Merci Angie !

Quand Angelina Jolie, symbole absolu du glamour décide, de son propre gré, de prendre la plume et de parler dans les colonnes du New York Times du gène BRC1 dont elle est porteuse et de sa décision de subir une mastectomie préventive, la France entière buzze.

Dans notre pays où l’on parle encore de « décès de longue maladie » et surtout pas de cancer, où la plupart des célébrités, politiques ou chefs d’entreprise, cachent leur pathologie de peur de voir leur carrière détruite net, le courage d’Angelina étonne pour le moins !

Une autre nouvelle parue il y a quelques mois dans les journaux américains est passée totalement inaperçue en France - et pourtant en dit beaucoup sur le coupable aveuglement de notre société en matière de cancer. Il y a deux ans, une nouvelle dirigeante, Laura Lang, prenait la tête de la compagnie de médias Time INC (Time, Fortune, People). Dans le CV de cette femme brillante se succèdent les plus belles universités américaines, des expériences de direction hors norme et… un cancer du sein. Laura Lang parle de cette maladie comme d’une partie de sa vie. Sans s’en prévaloir mais sans s’en cacher. Pas une seconde Laura Lang ne craint de subir une discrimination professionnelle du fait de ce cancer. Preuve en est, la maladie ne l’a pas empêché de se retrouver à la tête d’un des premiers groupes de médias du monde.

Angelina Jolie ne craint pas qu’on cesse de lui proposer des rôles parce qu’elle est porteuse de ce gène tueur. Son statut de star international la protège mais l’expose aussi. Lorsqu’une pathologie touche environ un quart d’une population – comme c’est le cas du cancer - on ne se trouve plus dans les problématiques de santé mais dans des problématiques de société. Le cancer est devenu une donnée politique, une réalité sociétale où la France se montre d’un aveuglement coupable : banque, assurance, emploi, la France précarise ses malades.

Il y a quelques semaines François Hollande parlait de « droit à l’oubli » dans le cas des chefs d’entreprise qui auraient déposé le bilan et de droit à une « seconde chance ». Je me prends à rêver d’une société française où les malades auraient droit à l’oubli, à l’indifférence comme une Laura Lang, d’une société où une star de cinéma pourrait faire passer une tribune dans Le Monde pour expliquer une opération contre le cancer - sans se retrouver au chômage jusqu’à la fin de son existence. Une société qui ouvrirait enfin les yeux.

Céline Lis-Raoux

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